Scénario et dessin : Takayuki Yamaguchi
Gekikô Kamen est un manga toujours en cours de parution au Japon et qui a connu huit tomes à ce jour aux éditions Shogakukan. Voici l'histoire de ceux qui relient les étoiles. Je ne suis rien. Je ne suis qu'un réceptacle. — Voilà ma force. C'est avec cette pensée en tête que Jissoji Niya, un jeune homme de 29 ans, enchaîne les petits boulots. L'histoire se déroule de nos jours, le thème est celui des effets spéciaux, et le protagoniste est… un parfait inconnu !?!? La dernière œuvre du génie derrière « Shigurui » et « Kakugo no Susume », une véritable révolution ! Nous n'avions pas encore découvert tout le talent de Yamaguchi Takayuki.
Jissoji, un freelance de 29 ans, s'entraîne jour et nuit pour se forger un physique à l'image des hommes costumés à effets spéciaux qu'il idolâtrait enfant. À la mort d'un camarade de classe, on lui demande, conformément à ses dernières volontés, de revêtir à nouveau le costume. Le dernier ouvrage de Yamaguchi Takayuki est bel et bien une histoire d'effets spéciaux !? C'est une œuvre étrange qui déconcerte du début à la fin. L'histoire se déroule durant l'ère Reiwa, mais elle dégage une forte atmosphère de l'ère Showa. Alors qu'on s'attend à une histoire de victimes collatérales de la guerre, un héros de la justice apparaît mystérieusement. Rarement une œuvre ne détonne pas, mais on ignore si elle suivra un schéma classique ou se terminera en une histoire d'otaku déjantée. La force de ces personnages excentriques est incroyable, et malgré sa densité, le livre se lit d'une traite. L'auteur cherche peut-être à dépeindre ce que signifie être un héros à l'ère moderne. Mais plane un sentiment constant de danger, la peur que tout bascule soudainement. C'est troublant et dérangeant. La musculature saillante est le propos de l'auteur. Leurs conversations regorgent de points à souligner. Mais personne ne les aborde. Et c'est très bien ainsi. La postface était réussie. Elle nous offre ce genre d'expression que seul le manga peut procurer. En tournant les pages, vous vous demanderez peut être « De quoi parle cette histoire ? » et pourtant, c'est étrangement captivant. Cette imprévisibilité donne l'impression d'avoir affaire à de vraies personnes. Les protagonistes voient des choses « réelles » dans des « effets spéciaux ». Par exemple, il pourrait s'agir du lien entre la beauté de la forme du monstre et la source de beauté dans le cœur de l'artiste, ou des propres sentiments de Jissoji concernant la « couleur » des héros Super Sentai. Leur façon de percevoir et d'interpréter les épisodes est profondément ancrée dans leur for intérieur, et rien ne paraît conventionnel. L'auteur a dû consacrer un temps et des efforts considérables à la création d'un personnage d'une telle profondeur. La vie intérieure de Jissoji et des autres personnages n'aurait pas été aussi captivante si ces personnalités n'existaient pas véritablement dans l'esprit de Yamaguchi Takayuki, comme des individus à part entière. À l'instar de Jissoji dans le récit, Yamaguchi Takayuki est lui aussi en quête d'authenticité dans son œuvre.
VERDICT
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Cette œuvre vous laissera sans voix, tant l'étrangeté du protagoniste et son obsession pour une beauté singulière sont troublantes. Existe-t-il des héros masqués dans le monde réel ? Nous avons hâte de découvrir la suite de l'histoire.