After God tome 4
Plate-forme : Bande Dessinée
Date de sortie : 05 Juin 2024
Résumé | Test Complet | Actualité
Editeur :
Développeur :
Genre :
Bande dessinée
Multijoueur :
Non
Jouable via Internet :
Non
Test par

Nic007


8/10

Scénario et dessin : Sumi Eno

After God est une série toujours en cours de parution au Kapon et qui a connu huit tomes à ce jour aux éditions Shogakukan. Dans un Japon dévasté par l’invasion d’entités appelées « dieux », l’humanité est réduite à des communautés isolées, entourées de zones dangereuses inhabitables. De ces dieux, beaux ou difformes, émane une présence qui cause une mort immédiate à ceux qui les contemplent. Ainsi, le culte s’est mué en suicide, et la divinité en menace mortelle. Le gouvernement, incapable de contrôler la situation, confie le contrôle à une organisation scientifique appelée le Laboratoire de Recherche Anti-Dieu, qui cherche à comprendre la nature de ces créatures sous le froid acronyme d’IPO (Organisme Interdit à l’Idolatrie). C'est dans ce décor que se croisent les chemins de deux personnages clés : Sachiyuki Tokinaga, une chercheuse de laboratoire accablée par la culpabilité et le désespoir ; et Waka, une adolescente déterminée à détruire tous les dieux après la disparition de son amie dans les zones interdites. Leur rencontre, apparemment fortuite, donne naissance à une relation symbiotique, empreinte de conflits et de révélations.

After God n'a jamais été une histoire rassurante. Dès son premier tome, Sumi Eno a clairement indiqué que son manga ne se limiterait pas à des batailles spectaculaires contre des entités divines, mais explorerait un territoire bien plus troublant : la coexistence forcée entre l'humanité et l'incompréhensible. Le tome 4 pousse cette idée jusqu'à un extrême inquiétant, posant une question dérangeante : que se passe-t-il lorsqu'un dieu ne souhaite pas détruire, mais plutôt subsister ?  Après l'impact émotionnel du volume précédent, ce nouvel opus ralentit le rythme de l'action pour se concentrer sur quelque chose de bien plus troublant que la violence directe : l'intimité. Les dieux ne se contentent plus d'attaquer de l'extérieur ni de se manifester comme des menaces évidentes. Désormais, ils observent, imitent, coexistent… et prennent des décisions qui remettent en question aussi bien les humains que leur propre nature.  Waka demeure le cœur émotionnel de la série. La jeune femme qui a juré d'exterminer tous les dieux est contrainte de vivre avec une vérité insoutenable : l'un d'eux réside en elle. Le tome 4 ne transforme pas cette révélation en une simple lutte de pouvoir, mais en un fardeau psychologique constant. Waka ne se bat plus seulement contre des forces extérieures, mais aussi contre la peur de se perdre elle-même. Sa fuite après l'attaque du dieu serpent n'est pas une victoire, mais une retraite désespérée. Chaque pas est empreint de doute : est-elle encore humaine ? Sumi Eno explore cette contradiction avec une remarquable sensibilité, évitant tout mélodrame facile. Waka ne se lamente pas à voix haute ; son conflit intérieur s'exprime par des silences, des regards et des décisions impulsives qui révèlent une rage sourde et profonde. Ce volume révèle que sa haine des dieux n'est plus aussi simple qu'il n'y paraissait. Tuer tout le monde devient un slogan de plus en plus difficile à maintenir lorsque la frontière entre victime et menace s'estompe. L'aspect le plus troublant du tome 4 est sans aucun doute la relation entre Yoriko et le dieu serpent. Après avoir kidnappé le docteur, l'entité prend l'apparence de Minami, sa fiancée, et décide de vivre avec elle dans une sorte de parodie de vie domestique. Il n'y a ni torture explicite ni violence constante. Il y a des petits déjeuners, des promenades, des conversations anodines. Et c'est précisément ce qui est terrifiant. Sumi Eno transforme le quotidien en instrument d'horreur psychologique. Le dieu ne cherche pas à soumettre Yoriko par la force, mais plutôt à normaliser sa présence, à diluer la peur dans la vie de tous les jours. La question qui plane sur chaque scène est claire : dans quelle mesure Yoriko peut-elle continuer à se considérer comme une prisonnière si elle commence à accepter cette réalité ? Cette relation n'est ni romantique ni conciliante. Elle est profondément troublante. Le dieu serpent semble sincèrement vouloir comprendre la vie humaine, mais son raisonnement est totalement dénué d'empathie. Son affection est possessive, étrange, et provoque le rejet même des autres dieux, qui remettent en question ses méthodes. Ce conflit interne au sein même des divinités élargit l'univers d'After God et démontre que, même parmi elles, une morale unifiée n'existe pas.

L'un des principaux atouts de ce volume réside dans sa capacité à rompre avec l'image des dieux comme ennemis monolithiques. À travers le comportement du dieu serpent et les réactions des autres entités, la série instaure une hiérarchie et des tensions internes qui enrichissent considérablement le récit. Certains dieux perçoivent l'imitation de la vie humaine comme une aberration. D'autres la considèrent comme une évolution nécessaire. Ce conflit de points de vue ajoute une nouvelle dimension à la tension : l'humanité n'est plus seulement prise entre dieux et humains, mais au cœur d'un conflit divin qu'elle ne comprend ni ne maîtrise.  Cette escalade du conflit renforce le climat de menace constante. Il ne s'agit plus seulement de survivre à une attaque, mais de comprendre ce que ces entités veulent réellement… si tant est qu'elles puissent vouloir quoi que ce soit en termes humains. Dans After God Vol. 4, l'action directe est moins présente, mais l'intensité émotionnelle est au rendez-vous. Le récit devient plus introspectif, plus troublant. Chaque scène semble conçue pour instaurer un malaise persistant, comme si une catastrophe pouvait survenir à tout instant… ou peut-être était-elle déjà en train de se produire à l'insu des personnages. Ce changement de rythme pourrait surprendre ceux qui s'attendent à une escalade constante des combats, mais il s'intègre parfaitement à l'évolution du récit. L'horreur ne provient pas ici d'un choc visuel immédiat, mais de la coexistence forcée, du doute et de la perte progressive de certitudes. Le dessin de Sumi Eno demeure l'un des atouts majeurs de l'œuvre. Dans ce volume, le contraste entre le quotidien et le monstrueux atteint son paroxysme. Le design du dieu serpent, notamment lorsqu'il adopte des traits humains, est troublant précisément par son apparente normalité. Les scènes domestiques, d'apparence paisible, sont chargées de tension grâce à de petits détails : regards insistants, gestes maladroits, silences pesants. Eno fait preuve d'une remarquable capacité à transmettre l'horreur sans recourir constamment à une violence graphique.

VERDICT

-

After God Vol. 4 est un épisode crucial qui redéfinit la nature du conflit. Ici, les dieux ne se contentent pas de détruire : ils apprennent, imitent et s’infiltrent dans la vie humaine. Et cette proximité s’avère bien plus dangereuse qu’une attaque frontale. Sumi Eno nous offre un ouvrage envoûtant, introspectif et profondément troublant, qui démontre que la plus grande terreur ne provient pas toujours de l'inconnu, mais de ce qui commence à nous paraître familier.

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