En matière de chiffres, Linda Liddle ( Rachel McAdams ) est une véritable experte. Minutieuse et méticuleuse, elle est devenue un pilier indispensable de son entreprise. Son patron l'avait remarqué et lui avait promis une promotion : elle occuperait le poste de vice-présidente, un rôle à responsabilités. Malheureusement, le patron est décédé et son fils, Bradley Preston ( Dylan O'Brien ), a repris les rênes de l'entreprise. Bradley ne sait pas trop comment gérer cette employée consciencieuse, mais aussi autoritaire et socialement maladroite. Il décide donc de confier le poste à un ami. Mais un jour, le jet privé qui transporte les dirigeants à une importante réunion d'affaires s'écrase et seuls Linda et Bradley survivent. Échoués sur une île déserte, ils doivent lutter pour leur survie et, au fil de cette épreuve, se rapprocher.
Pendant un temps, on aurait dit que Sam Raimi ne s'intéressait qu'aux grosses franchises à succès. Il a réalisé quatre films pour Marvel ces 25 dernières années, sans compter Le Monde fantastique d'Oz . Une collaboration très lucrative, tant pour lui que pour les studios. Ceux qui associent principalement le réalisateur américain au genre horrifique qui l'a rendu célèbre ont été largement oubliés. Seul Drag Me to Hell (2009) rappelait ses débuts. L'annonce de Send Help a sans doute ravi de nombreux fans . Après tout, on avait annoncé son retour au genre horrifique. La mauvaise nouvelle : ce n'est pas tout à fait vrai ; il faut être très large avec la définition du genre. La bonne nouvelle : le dernier film de Raimi est toujours aussi divertissant. L'histoire est un véritable succès populaire : une employée harcelée parvient enfin à prouver à son patron qu'il a tort. Non seulement il découvre qu'elle possède des compétences insoupçonnées, mais il devient aussi dépendant d'elle, incapable de se débrouiller seul sur l'île. « Send Help » explore principalement l'évolution de la hiérarchie et la perte progressive de contrôle de l'héritier arrogant. Le film rappelle à plusieurs égards « Triangle of Sadness » . Là aussi, les personnages se retrouvent bloqués sur une île déserte après une catastrophe, où une simple employée prend soudainement les rênes, les riches étant incapables de gérer quoi que ce soit. Cependant, contrairement à la satire primée qui met en scène une distribution variée et une dynamique de groupe sophistiquée, ici, seuls deux personnages apparaissent pendant la majeure partie du film.
L'évolution de la relation entre les deux personnages principaux s'accompagne de changements de ton et d'un brouillage des frontières entre les genres. Pendant la majeure partie du film, il s'agit avant tout d'une comédie, mettant en scène des personnages caricaturaux. Par moments, cependant, le ton se fait plus sérieux, avec des touches de romance. Le tout est mêlé à des éléments de film d'aventure et de survie. Une pointe de thriller est également présente, mais il faut s'armer de patience. Une attente qui se prolonge, en réalité. L'un des principaux défauts de Send Help réside d'ailleurs dans sa longueur ; par moments, le film s'étire en longueur. En revanche, l'affrontement final est étonnamment court et bien moins brutal qu'on aurait pu le craindre. Malgré ces quelques défauts, ce mélange des genres vaut assurément le détour. D'une part, il aborde des thèmes importants comme les rôles de genre, les effets de l'autorité et les questions morales. Mais surtout, Raimi a réuni un duo exceptionnel. Rachel McAdams ( Spotlight ), dans le rôle du personnage sincère et agaçant, et Dylan O'Brien ( Twinless ), en macho insupportable, insufflent une telle énergie à leurs personnages que les faiblesses du film passent presque inaperçues. Et même si Send Help aurait pu être bien plus incisif, il est rafraîchissant de voir le réalisateur renouer, au moins en partie, avec ses premières amours, laissant ses personnages se libérer progressivement de leurs inhibitions.
VERDICT
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Dans « Send Help », une génie des chiffres, socialement maladroite, et son patron sexiste et snob se retrouvent coincés ensemble sur une île déserte. Si le film n'est pas le grand retour de Sam Raimi dans le genre horrifique, mais plutôt une comédie d'aventure teintée de thriller, il souffre de quelques problèmes de rythme. Néanmoins, il reste divertissant, notamment grâce au plaisir évident que les acteurs prennent à jouer.