Réalisé par Jérôme Bonnell.
Nous sommes en province, en 1908. André de Boisvaillant, veuf et sans enfant, passe une annonce pour trouver une seconde épouse qui puisse lui donner des héritiers. Il rencontre Victore, dont les parents, devant marier leurs sept filles, répondent aussitôt à l'annonce. Malheureusement, le rêve de Victoire d'une vie heureuse et insouciante s'effondre lors de leur nuit de noces. Le temps passe, et avec lui son espoir d'avoir des enfants, lorsque Céleste, leur servante, tombe enceinte d'André. Quand elle comprend avec effroi que c’est son époux le père de l’enfant, Victoire troque sa colère et son humiliation contre la clé de sa délivrance : Céleste portera jusqu’à son terme l’enfant, puis le donnera aux de Boisvaillant. André aura enfin sa descendance. Par contre, plus jamais il n’entrera dans la chambre de Victoire. Un arrangement qui semble convenir à tous : Victoire évite les désagréments de la grossesse et « honore » les attentes de maternité des siens, Céleste garde sa place et André aura enfin un ou une héritière.
La description de l'honnêteté à laquelle étaient tenus les domestiques au début du XXe siècle est saisissante. Ils étaient considérés comme des objets de propriété, notamment par les chefs de famille. La vie des femmes nobles ou fortunées est dépeinte avec une grande vivacité. Méprisées par leurs maris, qui ne les épousent que pour avoir des héritiers ou des alliés, elles passent d'un bonheur initial, souvent lié à leur jeunesse et à leurs rêves, à une prise de conscience de la réalité, de l'écart d'âge souvent considérable et de leur sentiment d'infériorité, les plongeant dans un ennui et un malheur quotidiens. Le récit est également une description détaillée et parfaite de la mentalité de l'époque, où une femme était contrainte de rester avec son mari même lorsqu'il donnait naissance à un enfant illégitime, simplement parce que sinon les gens parleraient et qu'il était nécessaire de toujours sauver les apparences. La Condition, adaptatation du roman Amours de Léonor Recondo, est un film profond qui, tout en relatant la vie d'une famille, décrit en réalité un amour profond et encore mal vu. Un amour qui unit deux femmes de classes sociales opposées, deux femmes qui, pourtant, ont eu une enfance et une éducation similaires. Un récit visionnaire, écrit dans un style léger malgré la gravité du sujet abordé, exploré sous toutes ses facettes, notamment la plus essentielle : l’importance des émotions. Ces émotions, venues du cœur, touchent l’âme du spectateur et nous invitent à réfléchir aux intolérances qui nous habitent, fruits de préjugés inculqués dès l’enfance. La reconstitution historique est minutieuse mais la mise en scène austère et le récit pas toujours vraisemblable, aux rebondissements un peu forcés, laissent un sentiment mitigé, malgré le talent des acteurs et actrices.
VERDICT
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La Condition est un film qui en dit long sur la condition des femmes au début du XXe siècle, soumises par nécessité, et par la force, à leur mari, avec pour seul horizon possible la maternité. C'est un film qui se dévore, porté aussi par la virtuosité d’une langue élégante.